Karagar a osé me jeter un gant. L'impudent imprudent, il me connait bien pourtant...Alors je vous préviens,
vous n'êtes pas obligés de tout lire, vous n 'êtes même pas obligés de lire du tout, ça va être long, un peu. D'ailleurs ça me fait penser à un truc que je lis souvent dans des journaux,
sous la plume de types dont c'est le taf de penser, et de nous faire connaître leurs nouveautés subcrâniennes, il paraît qu'au jour d'aujourd'hui, les gens n'aiment plus lire de textes longs. Ils
aiment le bref, le condensé, le résumé, au fond un titre est largement suffisant, pourquoi aller se faire ch...à écrire des trucs longs ? Oui, pourquoi, si ce n'est juste pour clore le bec de cet
impertinent de Karagar (qui va se croire obligé de faire mieux après, et là, permettez que je m'esclaffe par avance).
Donc, braves gens, comme vous n'êtes pas obligés non plus d'avoir suivi le débat depuis le début, je me
permets de vous rappeler le sujet. «Quel est le post le plus long possible ? », oui, vous ne rêvez pas, enfin, plus exactement, non, vous ne rêvez pas, c'est la question à laquelle on me
somme de répondre. Vous allez me rétorquer, je vous entends d'ici, « qu'est-ce qu'on en a à faire ? »Je suis bien d'accord avec vous, la question n'est peut-être pas tout à fait aussi
cruciale que le « to be or not to be ? » d'Hamlet, que certains traduisent impudemment et légèrement par « une bière ou un whisky? », elle n'atteindra que difficilement le
tragique de « d'où viens-je, où vais-je, dans quel état j'erre ? »
En est-on bien sûr ? Car, vous objecterai-je, humblement, moi qui n'ai pas suivi le cycle d'étude de
Jacques Derrida (je savais même pas qu'il était mort en 2004, c'est dingue, non ?) ni d'ailleurs celui de Michel Foucault, ni, allez, soyons honnête, aucun autre, je vous objecterai donc
humblement ceci : le poids d'une question ne vient-il pas d'abord du fait que la réponse n'a pas encore été donnée, et tant que personne n'a répondu, la dite question ne risque t'elle pas de
rester à jamais sans réponse, et ce faisant, c'est à dire ne faisant rien du tout, ou tant que personne ne se mouille le maillot pour essayer de trouver une réponse, n'atteint-elle pas tout
naturellement au plus haut degré du tragique ? Là je perds un peu le fil, mais qu'on ne s'inquiète pas, je vais le retrouver, ou sinon j'en trouverai un autre, car je ne reste jamais longtemps
dans la posture de la poule qui a trouvé un couteau. Ah oui, ça y est, ça me revient (en fait c'est pas sorcier, j'ai juste regardé un peu plus haut ce que je venais de pondre, et tiens, n'est-ce
point étonnant, je viens encore de faire allusion, dans un style qu'on pourrait qualifier d'imagé, et là j'en connais un bout car figurez-vous que j'ai fait quelques études, modestes certes, mais
relativement longues, dans le domaine littéraire, encore allusion disais-je donc, à ce volatile réputé stupide, mais qui néanmoins nous pond bien gentiment notre oeuf quotidien, mais n'abusons
pas, à cause du cholestérol), donc ça m'est revenu, Karagar se demandait «Quel est le post le plus long possible ? » Quand je dis Karagar se demandait, c'est une figure de rhétorique, car ce
feignant ne se demande pas, il nous demande, et même, il me demande. Vous pouvez vérifier, c'est écrit en toutes lettres en commentaire de ma dernière note. Comme il me demande, et que c'est un
bon ami, moi, que fais-je ? Vous me connaissez, je suis la bonne volonté même, j'ai un ami qui s'interroge, je le sens qui se noie dans l'insondable abîme de l'insupportable ignorance, je ne vais
pas le laisser sur le bord de la route, avec sa question en bandoulière, hein ? Je suis sûre qu'à ma place, vous eussiez fait de même. Oui, mais vous n'êtes pas ma place, c'est à moi et pas à
vous qu'il a posé la terrible énigme, tralalalalère, donc c'est moi qui m'y colle. Le corollaire, car corollaire il y a, et il est également terrible, c'est que si je ne donne pas la réponse, je
me retrouve transformée en statue de sel. Bon, là je mélange un peu les mythes, mais si vous faites un effort, vous comprendrez aisément, car vous n'êtes pas, j'en suis persuadée, des ramollis du
bulbe. (et là figurez-vous que c'est pas utile de susurrer en ricanant bêtement « ni du bulbe, ni d'ailleurs » puisque c'est une hypothèse que je n'ai même pas voulu envisager). Donc
cessons de diverger et d'atermoyer, et allons droit au but, ou du moins tentons une approche logique. Pour être le plus long, un post doit avoir été confronté à d'autres qui seront moins longs,
voire plus courts, vous êtes de mon avis ? Mais comment nous y prendrons-nous (première personne du pluriel qui n'a rien de papale, soyez sans crainte, c'est juste comme ça que s'exprimait la
très belle brune qui me fit cours de philo, deux ans de suite, et donc forcément, j'ai beau avoir la tête dure, ça m'a marquée, elle disait « nous » et je trouvais ça très chic),
comment nous y prendrons nous donc pour sélectionner les posts qui pourront être considérés comme entrant dans le domaine de notre recherche ? Fera t'on appel à des volontaires ? Permettez-moi de
douter (ah ! le doute ! Indispensable, sans nul doute) de l'efficacité de la méthode car, comme je suis la première, désignée d'office pour ainsi dire, et que je compte faire très très long, mes
éventuels quoique donc peu probables concurrents, dans la mesure où ils ne disposent pas pour la plupart comme moi-même et pour tout un tas de raisons que je ne détaillerai pas ici car ça serait
trop long et ça pourrait lasser, d'un temps libre très conséquent (ah le Ministère du Temps Libre, c'est bien loin, hein ? Aux poubelles de l'Histoire, mes pauvres amis !), il en ressort
incontestablement que les candidatures ne vont pas affluer et que nous aurons toutes les peines du monde (et le monde en compte, des peines) à réunir un matériau raisonnablement pertinent pour
mener notre travail à terme dans les meilleures conditions de fiabilité. Si je puis me permettre ce raccourci, vous l'avez dans l'baba. Cependant, n'étant pas née de la dernière pluie, laquelle
ne date que de la nuit passée, vous voyez bien que c'est impossible, j'en connais parmi vous, mes chers amis (et je me permets d'utiliser ce terme dans une sorte d'urgence non exempte d'une
certaine angoisse car avec ce truc à la mormoil je vais sans doute perdre beaucoup d'entre vous, si, si, j'en suis sûre) j'en connais donc, j'en suppute et j'en subodore qui vont trouver le moyen
de pondre un truc immense, au besoin en utilisant d'immondes subterfuges bassement informatiques à la portée du plus insignifiant claviériste de bas de gamme, genre copié-collé. Donc, et pour
parer à toute éventualité, je propose à l'honorable académie qui se réunira sans tarder pour débattre de cet épineux sujet, car oui, les sujets aussi ont des épines, mais hélas ils ne sentent pas
toujours bon, je propose d'exclure sans appel toute contribution qui serait visiblement marquée du sceau de l'infâme tromperie. On est entre gens bien, non ? Pas de ça chez nous
!
Là tout soudain, je suis en train de me demander si je n'aurais pas légèrement digressé. C'est bien
possible. Resserrons le débat. Le post le plus long, quel est-il ? Mais, car vous avez remarqué, il y a toujours un mais dès qu'on se met à réfléchir un peu sérieusement, est-ce véritablement la
bonne question ? Il me paraît de l'ordre du nécessaire de définir d'abord ce qu'est un post long. Non ? Si. Or disposons-nous d'un quelconque et fiable étalon, reconnu par les instances
internationales, pour mesurer les posts ? Si l'on considère que d'une part la largeur de la bande verticale consacrée à l'édition des dits posts varie d'une plate-forme à l'autre, que toutes les
polices et tailles de caractères ne sont pas disponibles pour tous, que certains, plus ou moins volontairement, laissent des espaces qui pour n'être pas infiniment pascaliens n'en sont pas moins
inutiles et dans le cas qui nous occupe, carrément emmerdants, et encore je ne parlerai pas ici de ceux qui écriront apperçu avec deux p juste pour gagner le concours, je ne vois pas le moindre
début de commencement de système de mesure un tant soit peu fiable. On n'est pas sortis de l'auberge, vous pouvez m'en croire. Mais je vais tenter de biaiser. J'ai bien dit biaiser, avec un i, et
je n'ai pas mis le i juste pour allonger le truc (oh , là je m'égare). Ne vous apparait-il pas comme à moi, que cette longueur de post n'est en rien une donnée objective, mais bien plutôt quelque
chose de l'ordre de la sensation, et donc par là-même, ne sommes-nous pas dans le domaine de la subjectivité ? Je m'explique, ça va pas être long. En effet, je prends mon exemple. Elle est
gonflée, allez-vous penser. Non, c'est que je n'ai rien d'autre sous la main. Je tape, avec trois ou quatre doigts, assez rapidement, et je ne réfléchis pas vraiment à ce que j'écris, comme vous
avez pu vous en apercevoir, si vous m'avez suivi jusqu'ici. En conséquence, ce post n'a pas été long à écrire (notez qu'il n'est pas fini). Mais que sais-je, moi, de la vitesse à laquelle vous le
lirez, si tant est que, n'écoutant que votre courage, et dans la mesure où vous n'avez pas de lait sur le feu, ni de problème de dyslexie, vous le lisiez jusqu'à son point final ? Pour vous, sera
t'il long, ou court ?
Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais j'ai l'impression qu'on avance. Enfin, quand je dis qu'on
avance, c'est parce que je suis d'un naturel optimiste, car hélas, si j'essaie de m'élever un peu, ou de prendre du recul, j'ai plutôt l'impression qu'on patauge. Peut-être conviendrait-il que je
fasse une incursion dans les oeuvres complètes de Spinoza ou de Kant, pour y chercher la lumière ? Mais outre que je ne sais foutrement plus où je les ai rangés, du coup ça nous ferait perdre du
temps. Et tiens quand je prononce ce mot, le temps, là il me vient un truc genre la pomme sur la tête à Newton, ou l'euréka de l'autre qui passait son temps dans sa baignoire, bref, une
révélation. À quoi pensait Karagar en parlant de post long ? Au temps, ou à l'espace ? J'avoue que j'en suis toute décontenancée. Je n'ai pas, mais vous allez sans doute pouvoir m'aider, je n'ai
pas tout bien compris aux travaux du grand Albert, et du coup, temps, espace, E = MC2, U2, UB40, H1N1, tout ça me turlute. J'ai peur de dire une grosse bêtise, et de finir sur un
bûcher.
Bref, (oh le joli mot que voilà) et puisque le temps passe (mais l'espace, lui, il passe ou il reste ?) et
que demain, enfin non, tout à l'heure, je vais quand même devoir me lever, même si je ne dispense pas de cours, car je suis dispensée de cours, il est plus que temps que j'aille m'étendre dans
les bras de Morphée, rejeton d'Hypnos et frangin d'Oneïros (ça c'est un message pas du tout subliminal que je me permets de glisser traitreusement à l'usage de Karagar que la mythologie fait
suprèmement chier). Mais voici qu'au moment d'envisager de vous quitter, le doute m'étreint à toute vapeur : n'ai-je pas été un peu brève ? N'ai-je pas une fois de plus, mais que voulez-vous, il
paraît qu'on ne se refait pas, cédé à ce défaut récurrent que déjà au lycée les professeurs stigmatisaient régulièrement et en des termes parfois désobligeants, et désobligée je l'étais, car même
à dix-sept ans, on a son petit ego, et il pèse lourd l'ego, surtout quand c'est un haltère ego, lorsqu'ils annotaient mes pensums bi-mensuels d'un cinglant « travail intéressant qui
gagnerait à être plus développé » ? Ah tenez, si je ne me retenais pas, je recommencerais tout, de A jusqu'à Z, et là enfin, laissant la bride sur le cou de ma timidité naturelle, là, je
poserais enfin les vrais questions, et je ne lâcherais pas le morceau avant d'y avoir répondu. Mais je crains de vous lasser. J'abrège. Au fait, c'est qui l'idiot qui a dit « les plus
courtes sont les meilleures ? »
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