Le mot est un être vivant
(Victor H)

Deiziataer

Novembre 2009
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Mme K

Dimanche 8 novembre 2009
En vrai c'est pas tout de suite, on croit qu'on a le temps de voir venir. Erreur funeste.
Ce midi je déjeunais, d'une excellente blanquette, chez mon grand frère. Là-bas ils ont commencé les grandes manoeuvres. On commence à faire la liste des tatas, cousins, fiancées des cousins, enfants, amis...qui ont délicatement fait savoir que ça ne leur déplairait pas de venir pour les fêtes. Une foule, je vous dis pas. Donc on fait le compte des lits d'appoint, gonflables, pliables, à une place, à deux places, des endroits où loger tous ces plumards. Bientôt on va causer achats, cadeaux, menus et vinasse.
Et là j'ouvre mon parapluie anti-emmerdements. En silence, vu que j'ai pas envie de déclencher les protestations tout de suite. Il reste tout de même encore un mois et demi, on va pas se pourrir la vie de suite. Mais faut prévoir. Parce que je n'ai aucune envie de me faire ch... avec une smala familiale assourdissante à qui je n'ai perso pas grand chose à dire, que je n'ai pas envie non plus de passer une semaine aux fourneaux vu que gentille belle-soeur n'est pas en forme, que tout le monde s'en tape et qu'elle va se croire obligée de faire la bonniche pour tout le monde. Bon, là je vois ce que ça va donner, ce midi un simple sourcil levé m'a valu des exclamations genre "Ben quand même, ça leur fait plaisir..." et oui, tellement plaisir qu'ils n'en foutent pas une rame. Ça m'éneeeeeerve !
D'habitude je fais ma BA,  je mitonne des tas de trucs à faire pêter la ceinture à une armée de crève-la-faim, après ils ont tellement bouffé qu'ils sont malades à crever, de mauvais poil, tout le monde s'engueule, c'est l'enfer. Mais cette année, j'ai pas envie. Et la gentille belle-soeur, faut qu'elle apprenne enfin à dire merde.
Donc, je prépare ma fuite. Je fais des plans. Je suppute. À quoi vaut-il mieux échapper, à Noyeux Joël ou aux cotillons du Nouvel an ? L'affaire demande réflexion et subtilité. Mais une chose est sûre, je me casse. Loin. En toute bonne mauvaise conscience. Tiens je vais aller faire la tournée des cathédrales, ou des concerts, ou un tro Breizh des vieilles pierres, où juste aller me planquer quelque part, avec une demi-douzaine de bons bouquins, sur une île, en priant Eole de souffler très fort. Limite, je fais semblant de partir et je reste chez moi, bien au chaud. Bon, ça c'est le plan B, en cas de verglas généralisé. Ah, je peux aussi attraper la grippe. Là chuis sûre d'être peinarde. Bon, tous ces projets vont m'occuper les semaines qui viennent. Je vous tiens au courant. C'est chouette Noël !
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Publié dans : Les rigolades de Dame K
Samedi 7 novembre 2009
Ne pas se laisser intimider par la fenêtre du donjon, partir.
Accorder sa démarche au grand souffle du vent, avancer.
Oublier les froides aiguilles de l'averse sur le visage, regarder.
Boire un thé chaud et savourer le plaisir de l'énergie revenue.
Novembre est beau.





















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Publié dans : La mer de Dame K - Communauté : Les Bretons sont dans la place
Jeudi 5 novembre 2009
Ma môman me disait quand j'étais pitite "ne regarde pas la lune ou elle t'emportera". Ben quoi, moi j'aurais pas dit non...







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Publié dans : L'oeil de Dame K
Mercredi 4 novembre 2009

Il faut, très cher toi et très chers autres, que vous imaginiez, autant que faire ce pourra, que KarregWenn a pour ainsi dire toujours vécu sans télé.

Un bref historique : mes parents attendirent pour faire l'acquisition d'un poste que leur réputée feignasse de fille ait décroché son bac. Père craignait que je délaisse mes pauvres chères études pour m'écrouler tous les soirs devant l'unique chaîne en noir et blanc. Non seulement feignasse mais un brun vicieuse je redoublai 1ère et Term', ce qui retarda d'autant le jour tant attendu. Ironie du sort, nous étions en 68 (post JC), la télé était en grève, et mon pauvre père fulmina quelques semaines contre ces salauds de grévistes gauchistes devant son poste tout neuf. Puis, les choses et les programmes étant redevenus normaux, il dut se rendre à la terrible réalité, il s'était privé pour rien car sa fille, nouvelle bachelière enfin et donc étudiante, n'en avait rien à cirer de la télé, préférant et de loin se pêter les oreilles sur France-Musique ou France-Inter, ce qui ne l'empêchait pas de piocher ses cours. En plus nous nous faisions la gueule, et je n'avais aucune envie de passer mes soirées avec eux sur le canapé du salon.

Les 10 années suivantes KarregWenn eut bien autre chose en tête que d'acheter un poste. De toute façon elle n'avait pas un radis à mettre là-dedans. Toutefois, elle visitait régulièrement papa-maman, et s'étant défâchée d'avec eux, ne boudait pas son plaisir à mater de temps à autres un Tournoi des 5 Nations (aaaah) ou un championnat de patinage (ouiiiiiiiii). Et puis avant la soupe du soir, invariablement et obligatoirement, feuilleton, météo, infos. Ah faut pas croire, j'en connais des trucs..., mais bon, une fois par mois en moyenne, j'ai pas bien eu le temps de me cultiver.

Puis l'enfant naquit. KarregWenn, pas extrémiste ni intolérante pour un sou, décréta la télé définitivement tricarde chez elle, non sa  chère petite te brune ne s'abrutirait pas dès le berceau devant d'innommables conneries franchouillardes ou pire, amerloques. Bon...une fois le temps, chez les grands-parents, un petit dessin animé … japonais...Heureusement Rotothée et Chantal Goyave étaient sur le déclin.

Dernier épisode télévisuel karregwennien, mon père, veuf depuis 10 ans et ne pouvant plus vivre seul, s'en fut chez mon grand Frère. Il n'avait donc plus besoin de sa télé...et me l'offrit. Je n'ai pas osé refuser. Ça sentait trop le cadeau d'adieu. Grand Fils était interne dans son collège, je pus donc me baffrer goulûment de toutes les nullités réputées pas regardables. Et je me baffrai, jusqu'à l'overdose, du lundi au vendredi pendant quelques mois. Ça tombait vraiment très bien, je déprimais à bloc. Télé, tout, les jeux, les séries, les films de la 6, la pub, canapé mou et plateau de trucs bien gras, le tableau était complet. Bon il y avait Arte, mais j'étais pas en état. Papa n'avait pas tort en fait, fifille était une feignasse. Heureusement la télé est tombée en panne, elle est partie à la déchetterie, et voilà comment des pans entiers de ma culture ne sont qu'une vieille dentelle mitée. Tout ça pour expliquer à Lancelot que je ne connais quasiment rien des références télévisuelles qu'il cite régulièrement. Je suis une vraie buse sur le sujet.

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Publié dans : Les rigolades de Dame K
Mercredi 4 novembre 2009

Réfléchir, a dit Karagar. Il faut réfléchir. Réfléchissons donc, nuitamment, puisque de toute façon la pleine lune elle, en se réfléchissant dans nos fenêtres nous empêche de dormir. Je dois à l'honnêteté de préciser que je n'ai pas encore lu l'article de presse dont il est question dans sa note, mais au fond c'est tout comme, car je le connais bien ce discours qui rôde insidieusement dans le petit monde littéraire bretonnant. Il m'arrive même parfois de me dire que les louanges que l'on accorde si généreusement, et dans une belle unanimité, à mes propres livres en sont l'écho inversé et que je ne plais que dans la mesure ou d'autres déplaisent. C'est donc un peu égoïstement que cela me touche, mais qu'importe. Karagar pose une bonne question : « Témoigner serait acceptable mais pas de broder avec ce coton là ? » J'en pose une autre : le lecteur d'un témoignage n'est-il pas, ne se met-il pas dans une position différente, observatrice, extérieure, sans vrai risque, sans d'ailleurs que cela exclut un regard de compréhension, alors que le lecteur d'une fiction se trouve embarqué, bon gré mal gré, à partager les pensées et les actes des différents personnages,  à les faire siennes, à les vivre ? Ne nous arrive t'il pas parfois de devoir marquer un temps d'arrêt, nous rendant compte que l'auteur nous a mené là où nous ne voulions pas aller, dans ces contrées intérieures que nous nous interdisons de visiter alors même, et d'autant plus, qu'elles sont une part de nous-même ? Je pense là par exemple à des fictions mettant en scène les rapports étranges entre victimes et bourreaux. N'est'il pas autrement plus dérangeant de se sentir happé par ces histoires-là que de voir ou de lire les pires documentaires sur la persécution nazie, et on voudra bien m'excuser pour le parralèle ? La fiction nous prive du rempart de l'apitoiement et de l'indignation, et nous met en face de nos propres mystères. Elle nous déstabilise. Or on préfère en général rester en terrain connu, ou pour le moins se contenter d'observer à bonne distance, à l'abri d'un solide garde-fou. Voilà peut-être un peu qui explique le bon accueil fait au témoignage et le silence réprobateur devant le recueil de nouvelles .

Pour ce qui est de la réflexion à propos de la nouvelle du viol, là je dois dire que ça dépasse mon entendement. «  il y est même dit qu’un lecteur hétéro pourra sans doute difficilement lire la dernière nouvelle (le viol) jusqu’au bout » Doit-on comprendre que pour l'auteur de l'article le récit détaillé du viol et du meurtre d'une femme par deux hommes serait plus à la portée d'un lecteur hétéro ? Comme disait plus ou moins quelqu'un de connu, "Pardonnez-leur car ils ne savent pas ce qu'ils disent."Réfléchir la-dessus est au-dessus de mes forces.

Quand j'ai découvert ce texte, j'ai effectivement eu du mal à aller jusqu'au bout. Pas parce qu'il s'agissait de trois hommes. Parce que la violence y atteignait un degré que je ne supportais pas de voir. Je l'avais mal lu, je le sais maintenant parce que je l'ai relu. Derrière les faits sont apparus les personnages, leurs désirs et leurs peurs, leurs débats intérieurs, les raisons de leur déraison. Ce texte m'a choqué, et me choquera toujours, mais il m'a au moins appris à aller plus loin que les apparences, à dépasser l'incompréhension. Calyste parlait dans une note récente des livres « coups de poings dans le ventre ». Je voudrais dire à l'auteur de la « critique » qu'il prend peut-être les lecteurs pour des demeurés et des pleutres. Que peut-être bien ceux-ci préfèrent être bouleversés par un livre que de s'endormir sur des bouillons sans goût dont le souvenir s'efface très vite. Et là je ne parle plus du tout de la nouvelle de Karagar, mais de la littérature en général.

Pour terminer sur une note plus rigolote, la dernière phrase citée par Karagar me fait pouffer. «  Depuis la sortie de Pa*r Diba*r, ce n’est un secret pour personne que Karagar est homosexuel. » Peut-être bien les éditeurs devront bientôt pondre des couvertures de ce genre :

Les aventure de Trucmuche

Roman

Robert(e) Duschmoll

(homo)

(hétéro)

(lesbienne)

(bi)

(trans)

(…)


Bon, fallait bien que je finisse par une ânerie. C'est la faute à la pleine lune.

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Publié dans : Les questions de Dame K
Mardi 3 novembre 2009

Après avoir lu ici Je suis en colère, et quand je suis ainsi je dis souvent des bêtises, mais tant pis, il faut que ça sorte. La réflexion viendra, mais après, une fois calmés les vents mauvais.

Comment peut-on être aussi bête, mon Dieu ! Comment peut-on à ce point confondre jugement moral et critique ?  De quel droit d'ailleurs ces jugements moraux, ces condamnations qu'ils n'osent même pas prononcer, qu'ils ne font que sussurer, qu'insinuer ! Où sont les articles parlant du style, analysant la conduite des textes, jugeant de façon équilibrée et argumentée du niveau de langue ? Ce ne sont pas des critiques littéraires que nous avons, mais des petits ayatollahs minables et ignorants. Karagar le dit pour lui, mais je le reprends à mon compte, nous aimerions que l'on critique nos livres, de façon constructive, comme ils le méritent, comme le mérite toute création. Qu'on nous reproche la faiblesse de notre travail si nous le méritons. Mais ça ils ne savent pas faire les petits curés aux fesses serrées. Ils ne savent qu'éructer, faire peur, condamner. C'est un aveu de faiblesse. S'ils ne me mettaient pas tant en rage, j'aurais pitié d'eux. Pour un peu ils m'ôteraient l'envie d'écrire, et pourtant je ne leur ai pas , moi, donné l'occasion de monter en chaire.  Mais non, bien sûr, ce serait leur donner raison.

Pitié aussi du triste état de la littérature bretonne., maintenue dans une enfance perpétuelle par une clique de bien-pensants.

Ils ne veulent pas voir que l'homme est fait de violence autant que de douceur, d'amour autant que de haine ? Ils aiment la tiédeur, la fadeur, le joli, le bien-pensant ? On va leur en servir et attendre les félicitations rassurées ? Non, C'est terminé.

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Publié dans : Les râleries de Dame K
Lundi 2 novembre 2009
PERSONNE
NE M'A DIT QUE MA NOUVELLE BANNIÈRE EST BELLE...
ELLE EST MOCHE ??????
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Publié dans : Le sac à tout de Dame K
Dimanche 1 novembre 2009
Quand j'étais petite, je vous parle là d'une époque lointaine, mais pas autant quand même que cette photo, les Toussaints parisiennes se résumaient pour moi à une grosse betterave rouge creusée, garnie d'une bougie, et placée sur la cheminée. Réminiscence d'un lointain halloween qui ne devait rien à la mode. Un peu plus tard ça se gâta. À distance j'ai parfois l'impression, et c'est bien sûr faux, que mes étés n'étaient qu'une perpétuelle Toussaint. Ma mère était une femme à cimetière. Je me demande si ce n'était pas là qu'elle se sentait le mieux. Elle qui était si vivante dans la vie courante se transformait dès qu'elle mettait les pieds dans le champ de ses morts. Rien d'autre ne comptait pour elle dans ces moments-là. À mes yeux d'enfant elle devenait inaccessible. Fleurs au jardin, direction cimetière. Quelques jours de sécheresse, direction cimetière et arrosage. Dates anniversaires, direction cimetière. Fin des vacances, direction cimetière et nettoyage de tombe. Coup de vent sur la baie, direction cimetière et rétablissement des pots de fleurs malmenés. Promenade du soir, direction cimetière. Tournée des tombes. Famille, voisins, connaissances anciennes... KarregWenn suivait, de mauvais gré, mais suivait, portait des pots, rinçait des gravillons blancs, remplissait des brocs d'eau, brossait des granits, rongeait son frein et regardait la mer en attendant la fin des oremus maternels, et des bavardages avec les autres femmes. Le cimetière est le lieu des femmes. Des vieilles femmes. J'avais en ce lieu une vague sensation d'indécence. Qu'est-ce que je faisais moi, petite gamine, dans ce lieu de l'âge et de la mort ? Pourquoi m'y traînait-on si souvent, si longuement ? C'était quoi cette espèce de condamnation ? Entre prières maternelles et rappels à l'ordre quand je cédais à la tentation de jouer les équilibristes sur les bords des tombes, la révolte grondait, muette et grosse de futures tempêtes adolescentes. J'ai pris la phobie des cimetières. Non, la phobie de ce cimetière-là. Que tout le monde trouve si beau parce qu' entre les vieux pins il regarde la baie. Il y a maintenant le nom de mes parents sur l'une des tombes. Je n'y vais jamais. Grand Fils aime bien aller de temps en temps s'y asseoir, seul. Il a toujours l'air gai quand il en revient.
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Publié dans : Les souvenirs de Dame K
Dimanche 1 novembre 2009
Il y a les vagues de Karagar, ici


celle d'Hokusai...



celle de Gustave Courbet...



celle de Victor Hugo...



celle de Camille Claudel...








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Publié dans : L'oeil de Dame K
Vendredi 30 octobre 2009


































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Publié dans : L'oeil de Dame K - Communauté : Les Bretons sont dans la place
Jeudi 29 octobre 2009
Affreusement beau
Insupportablement tentant
Je n'ai pas supporté
J'ai plongé
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Publié dans : La mer de Dame K
Jeudi 29 octobre 2009
D'abord ça commence sur les chapeaux de roue. À la caisse du cinéma je demande 2 places pour "Tu ne tueras point". KarregWenn est toujours au top ! Le fourbe Karagar à mes côtés s'esclaffe en silence.
Et comme je suis flemme ce matin, je vous mets la bande-annonce. Le film est mieux, beaucoup mieux.



Et puis comme je suis très flemme, je vous mets un lien sur un excellent, à mon avis, article du monde.

"Tu n'aimeras point" : un amour scandaleux entre deux juifs orthodoxes - LeMonde.fr

Mais quand même parce que je suis pas si flemme que ça, mes puissantes réflexions en 3 mots :
1 - Tant que les religions auront un pouvoir politique et s'arrogeront en toute impunité le droit de régir la vie privée des gens, on est pas sortis de l'auberge.
2 - Le jeune Ezri est vraiment très regardable.
3 - Avant le film, il y a un court métrage à faire pipi culotte, et en  plus pas con du tout.

Conclusion : allez voir ce film, absolument. J'insiste. Vraiment.





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Publié dans : Le sac à tout de Dame K
Mardi 27 octobre 2009
Et pourquoi KarregWenn elle vous montrerait pas aussi ses superbes plantes vertes, hein, pourquoi ? Alors ça sera photo de groupe, car on a rassemblé tout le monde, autour de la toute dernière invitée venue du nord, afin de profiter au mieux de la douceur et de la lumière pendant l'hiver.



Dans la vieille faïence, promesse de jacinthes et de crocus jaunes...


Les esseulées. J'espère qu'elles ne vont pas bouder.




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Publié dans : Les jardins de Dame K
Lundi 26 octobre 2009
Cela faisait des jours et des nuits qu'elle s'étiolait dans ce manoir. À se demander si quelqu'un en ce monde se souvenait encore de son existence. Oh, elle n'était pas seule ! Elle avait été enfermée là, depuis une éternité qu'elle ne savait même plus mesurer, en compagnie de quelques soeurs d'infortune. Toutes plus belles les unes que les autres. Pendant un temps, la contemplation des courbes de leur silhouette généreuse, que soulignait admirablement une taille dont la finesse ne devait rien au corset, tout cela lui avait été une joie, un remède à la mélancolie. Hélas, le plaisir des yeux s'était mué en torture. Aucune conversation ne naissait, toutes étaient muettes et se languissaient dans l'immobilité. Elle-même était frappée à la fois de cette paralysie glaçante et de cette mortelle aphasie. Elle, qui avait été créée pour le chant, mourait tout doucement de silence. De silence, de froid et de désir désormais inassouvi. Depuis combien de temps n'avait-elle pas connu, chaudement emprisonnée entre des cuisses énergiques, enserrée par des bras souples et vigoureux, le bonheur des mains expertes dessinant de longs arpèges sur son corps, de ses doigts agiles et subtiles qui lui faisaient exhaler un chant d'extase? Seule son âme semblait encore respirer, plus faiblement chaque jour, si tant est qu'on puisse appeler jour la clarté blafarde qui colorait par intervalles le tissu épais des tentures aux mansardes. Il lui restait le souvenir. Le souvenir de cet horrible moment. Tout avait d'abord été merveilleux. C'était une de ces très longues soirées du jeune été, lorsque la nuit semble hésiter à fondre dans l'ombre la beauté du monde. Une petite société s'était rassemblée dans le grand salon du manoir, les baies largement ouvertes sur la douceur du soir. Les hommes avaient fait honneur aux grands vins du maître de maison, les femmes tentaient de chasser à coup d'éventails les rougeurs intempestives d'un excellent repas affleurant à leurs visages poudrés. Les conversations, menées dans une langue qu'elle ignorait, allaient bon train, animées par la chère abondante et savoureuse. On avait d'abord mené leur petit groupe de l'antichambre, pour les rassembler avec de grands égards à la terrasse, accompagnés chacun et chacune de leurs servants d'un soir, le silence s'était fait aux premiers accords et leur chant s'était élevé que même les oiseaux n'avaient pas osé ponctuer de leurs dernières trilles. Cela avait duré tard dans la nuit, le ravissement se lisait sur tous les visages. On les admirait. On louait tant leur voix et leur art que leur beauté. On les enveloppait de regards. À chaque pause quelques invités s'approchaient de leur groupe, un cristal de vin mordoré à la main, prononçaient des mots d'admiration, des mains douces et chaudes se laissaient tenter par une caresse. Puis chacun regagnait son siège à l'invitation du maître de maison et le chant pouvait reprendre. Enfin l'assemblée s'était défaite peu à peu, des invités avaient rejoint leurs appartements aux étages dans des froufrous un rien vacillants de velours et de soies, d'autres étaient montés dans des voitures attelées. Alors les trois hommes étaient apparus, trois hommes pareillement vêtus de livrées de laquais. Sans ménagement ils avaient séparé leur groupe. Ils n'avaient même pas eu le loisir de se saluer, de savourer ensemble le contentement de leur prestation réussie, de commenter leur accord parfait. À peine avait-elle eu le temps de jeter un dernier regard à celui qui occupait son coeur, celui dont le chant vif et sonore répondait si joliment à sa voix profonde qu'elle manquait toujours verser une larme à la première note qu'il lançait. L'heure n'était plus aux égards. Elle s'était sentie empoignée par deux mains frustes. On l'avait traînée par des escaliers étroits et chichement éclairés, sans égards pour sa robe si fragile. Elle avait heurté des cloisons et n'avait pu réprimer une plainte dont l'écho douloureux avait parcouru les profondeurs du manoir. Une porte s'était ouverte dans la pénombre des combles et l'homme grossier l'avait jetée sur un divan défoncé, adossée aux pierres froides d'un mur nu, sans un mot, sans un regard, avant de cleffer bruyamment la porte. Elle en tremblait encore, de colère et de dépit. Ce n'est qu'aux premières lueurs du jour qu'elle avait découvert ses soeurs inconnues, abandonnées elles aussi, murées dans leur silence.
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Publié dans : Les écritures de Dame K - Communauté : Livre parcours
Samedi 24 octobre 2009

Dame K a les pétoches ce soir pour cause de salon du livre demain. Son éditrice préférée, et presque unique, lui a dit qu'elle aurait alors eu le temps de lire son dernier envoi et « que ça tombait vraiment bien, on pourrait en parler » Je n'ai jamais eu vraiment peur de ses verdicts. Le premier livre, je m'attendais tellement à le voir revenir avec un gentil mot d'excuse. Au fond je me serais contentée de « l'imprimatur » du 1er lecteur, ça c'était une performance de taille, et même s'il avait ensuite terminé sa course dans un tiroir, j'étais tellement contente de l'avoir écrit, ça suffisait à mon bonheur. Le deuxième, vous allez voir comme je me la pête quand je veux, je savais qu'il était bon, et je savais que de plus il plairait. J'avais progressé, ça n'est pas vanité que de le dire, juste de la lucidité. La suite a montré que je ne m'étais pas trompée. Le troisième, je n'en étais pas particulièrement satisfaite. Vite écrit, un peu bricolé, il était né pour combler un passage à vide sur une autre tentative, (celui précisément que je viens de terminer et qui motive ma peur de ce soir). Je ne m'y suis pas attachée, je n'ai pas senti en l'écrivant la tension habituelle. J'aurais trouvé juste qu'il y ait retour à l'envoyeur. Je n'en aurais pas fait une maladie.

Le petit dernier, c'est une autre affaire. Pour bien des raisons. Personne n'osera cette fois me bassiner avec le supposé contenu autobiographique, j'ose l'espérer, et pourtant jamais je n'ai mis autant de moi-même dans un texte, jamais je n'ai osé. Faire de la musique le thème principal d'un livre, même si on peut penser que la musique n'est qu'un symbole comme un autre de toute les formes de passions, et de ce qu'un être humain est capable d'entreprendre pour les vivre, ça me semblait largement aussi impudique et sans doute plus difficile, que si j'avais parlé de ma vie amoureuse. Jamais non plus je ne me suis senti aussi impliquée dans la vie de mes personnages, au point que, transportée par mes propres soins dans une époque lointaine, j'avais parfois du mal à revenir à la réalité. Certains ont eu l'occasion de s'en rendre compte ! J'ai vécu dans le livre comme s'il était déjà écrit, comme si j'étais réellement « là-bas », avec eux. J'aurai vraiment du mal à avaler un échec. J'ai le trac.  Je l'imagine déjà me dire que le sujet ne pas va passionner les foules., que c'est trop ceci ou pas assez cela. Le pire, c'est que je sais que si ça ne marche pas, je réécrirai un livre sur le même sujet. Nécessairement. C'est plus fort que moi. D'ailleurs même si ça marche, je ne dis pas que...

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Publié dans : Les écritures de Dame K
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