Et là j'ouvre mon parapluie anti-emmerdements. En silence, vu que j'ai pas envie de déclencher les protestations tout de suite. Il reste tout de même encore un mois et demi, on va pas se pourrir la vie de suite. Mais faut prévoir. Parce que je n'ai aucune envie de me faire ch... avec une smala familiale assourdissante à qui je n'ai perso pas grand chose à dire, que je n'ai pas envie non plus de passer une semaine aux fourneaux vu que gentille belle-soeur n'est pas en forme, que tout le monde s'en tape et qu'elle va se croire obligée de faire la bonniche pour tout le monde. Bon, là je vois ce que ça va donner, ce midi un simple sourcil levé m'a valu des exclamations genre "Ben quand même, ça leur fait plaisir..." et oui, tellement plaisir qu'ils n'en foutent pas une rame. Ça m'éneeeeeerve !
D'habitude je fais ma BA, je mitonne des tas de trucs à faire pêter la ceinture à une armée de crève-la-faim, après ils ont tellement bouffé qu'ils sont malades à crever, de mauvais poil, tout le monde s'engueule, c'est l'enfer. Mais cette année, j'ai pas envie. Et la gentille belle-soeur, faut qu'elle apprenne enfin à dire merde.
Donc, je prépare ma fuite. Je fais des plans. Je suppute. À quoi vaut-il mieux échapper, à Noyeux Joël ou aux cotillons du Nouvel an ? L'affaire demande réflexion et subtilité. Mais une chose est sûre, je me casse. Loin. En toute bonne mauvaise conscience. Tiens je vais aller faire la tournée des cathédrales, ou des concerts, ou un tro Breizh des vieilles pierres, où juste aller me planquer quelque part, avec une demi-douzaine de bons bouquins, sur une île, en priant Eole de souffler très fort. Limite, je fais semblant de partir et je reste chez moi, bien au chaud. Bon, ça c'est le plan B, en cas de verglas généralisé. Ah, je peux aussi attraper la grippe. Là chuis sûre d'être peinarde. Bon, tous ces projets vont m'occuper les semaines qui viennent. Je vous tiens au courant. C'est chouette Noël !
Publié dans : Les rigolades de Dame K
mais pas autant quand même que cette photo, les Toussaints
parisiennes se résumaient pour moi à une grosse betterave rouge creusée, garnie d'une bougie, et placée sur la cheminée. Réminiscence d'un lointain halloween qui ne devait rien à la mode. Un peu
plus tard ça se gâta. À distance j'ai parfois l'impression, et c'est bien sûr faux, que mes étés n'étaient qu'une perpétuelle Toussaint. Ma mère était une femme à cimetière. Je me demande si ce
n'était pas là qu'elle se sentait le mieux. Elle qui était si vivante dans la vie courante se transformait dès qu'elle mettait les pieds dans le champ de ses morts. Rien d'autre ne comptait pour
elle dans ces moments-là. À mes yeux d'enfant elle devenait inaccessible. Fleurs au jardin, direction cimetière. Quelques jours de sécheresse, direction cimetière et arrosage. Dates
anniversaires, direction cimetière. Fin des vacances, direction cimetière et nettoyage de tombe. Coup de vent sur la baie, direction cimetière et rétablissement des pots de fleurs malmenés.
Promenade du soir, direction cimetière. Tournée des tombes. Famille, voisins, connaissances anciennes... KarregWenn suivait, de mauvais gré, mais suivait, portait des pots, rinçait des gravillons
blancs, remplissait des brocs d'eau, brossait des granits, rongeait son frein et regardait la mer en attendant la fin des oremus maternels, et des bavardages avec les autres femmes. Le cimetière
est le lieu des femmes. Des vieilles femmes. J'avais en ce lieu une vague sensation d'indécence. Qu'est-ce que je faisais moi, petite gamine, dans ce lieu de l'âge et de la mort ? Pourquoi m'y
traînait-on si souvent, si longuement ? C'était quoi cette espèce de condamnation ? Entre prières maternelles et rappels à l'ordre quand je cédais à la tentation de jouer les équilibristes sur
les bords des tombes, la révolte grondait, muette et grosse de futures tempêtes adolescentes. J'ai pris la phobie des cimetières. Non, la phobie de ce cimetière-là. Que tout le monde trouve si
beau parce qu' entre les vieux pins il regarde la baie. Il y a maintenant le nom de mes parents sur l'une des tombes. Je n'y vais jamais. Grand Fils aime bien aller de temps en temps s'y asseoir,
seul. Il a toujours l'air gai quand il en revient.
manoir. À se demander si quelqu'un en ce monde se souvenait encore de son
existence. Oh, elle n'était pas seule ! Elle avait été enfermée là, depuis une éternité qu'elle ne savait même plus mesurer, en compagnie de quelques soeurs d'infortune. Toutes plus belles les
unes que les autres. Pendant un temps, la contemplation des courbes de leur silhouette généreuse, que soulignait admirablement une taille dont la finesse ne devait rien au corset, tout cela lui
avait été une joie, un remède à la mélancolie. Hélas, le plaisir des yeux s'était mué en torture. Aucune conversation ne naissait, toutes étaient muettes et se languissaient dans l'immobilité.
Elle-même était frappée à la fois de cette paralysie glaçante et de cette mortelle aphasie. Elle, qui avait été créée pour le chant, mourait tout doucement de silence.
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